L’ironie
Je voulais parler de sujets sérieux. Et puis, je n’ai pas d’idée.
Je lis L’Education d’une fée, de Didier van Cauwelaert. Et à la page 165, on trouve la meilleure façon de décrire une ville :
- c’est joli, Vancouver ?
- C’était la première fois que je voyais l’automne, les arbres en couleurs. Sinon, il pleut tout le temps, les gens font du jogging à sens unique sur des pistes fléchées, avec leur capuche et leur walkman, ils adorent leur ville, parce qu’en vingt minutes ils sont mille mètres plus haut, des skis au pied; ils mangent très sain, ils boivent très peu, ils sont les premiers de tout le Canada pour le taux de suicide et doivent payer cinq cents dollars s’ils ne ramassent pas les crottes de leur chien.
Fantastique, non ?
Alors, si on disait : c’est joli, Lyon ? Je répond :
Quand je suis venue, la première fois, j’ai été éblouie par les couleurs si chaudes, le temps si beau. Sinon, c’est une petite ville de province qui joue à être une métropole, où les gens passent leur temps à faire du shopping, soit rue de la Ré, soit à la Part-Dieu; elle avait un patrimoine culinaire, on ne le découvre qu’à 300 euros minimum chez Bocuse, ou à tous les coins de rue, à 10 euros, dans un bouchon quelconque; le climat est génial mais l’ambiance est pourrie et la ville est sale, même si on dirait que seuls des riches l’habite.
Hum. Pas si facile que ça, l’ironie.


J’essaye avec ma ville (d’adoption):
A Lille, il y a quelques rues qui sont jolies. Pas beaucoup, deux ou trois, mais elles sont tellement jolies qu’elles le sont même sous la pluie. Tout le reste est moche, même en plein soleil.
A Lille, les spécialités culinaires rendraient Kate Moss obèse en trois semaines. Lille n’a finalement qu’un seul intérêt, être au milieu de l’Europe, proche de tout. Si bien qu’on peut y habiter et ne pas être obligé d’y passer ses week-ends. Lille est tout le contraire de l’île paradisiaque, qui serait belle au milieu de rien. Lille est moche mais bien entourée.