Pourquoi s’informe-t-on ?
Au delà des plaintes continuelles sur la mort du modèle / la mort de la presse écrite / la mort du journalisme tout court, on constate rapidement que chaque personne construit son propre chemin vers l’info.
Même si, sur Internet, il faut trouver ces marques :
- quoi lire, à quel rythme, combien de sites, information / blogs ? La multitude des chemins possibles peut faire perdre beaucoup, beaucoup de temps, et rend plus rare encore les sites des très bonne qualité dans le fouillis des pages qu’on pourrait consulter. Allez-donc voir ce qu’en pense Aliocha, une journaliste.
- Et ce n’est pas la solution miracle : comment paye-t-on les journalistes ? Comment trouve-t-on son audience ? Et ce dans un contexte où on sait qu’on ne peut / ne veut pas dépendre de la publicité et que les gens n’ont pas forcément envie de payer, puisqu’ils peuvent trouver, sur un autre site, l’info gratuitement.
- Mais Internet donne de la place et permet un ton différent : Bakchich, Rue89, Slate… Internet permet une lecture sélective (que des billets d’humeur, que des potins, que de l’analyse financière…). Le lecteur se ré-approprie donc une capacité à choisir ce qu’il veut savoir et comment il veut l’apprendre. Et ça, c’est bon.
Et c’est vrai que le journal ne garantit pas une meilleure info :
- Approximations, répétitions, compte-rendu… Pressés par le temps, les journalistes papiers n’apportent pas forcément quelque chose “en plus”. Jay Rosen, prof de journalisme à NYCU parle du “il a dit / elle a dit – journalisme”. Vous savez, ces espèces de papiers sur une demi-page rapportant pour la énième fois la position d’untel et la réponse de l’autre à untel, et que l’autre remet en cause et qu’untel… tout au long des pages des quotidiens. Au lieu d’un long reportage démontant l’argument d’untel et disant que l’autre ne dit pas tout. Le papier est plus fort s’il apporte du bon gros dossier, pas s’il rapporte… tout court. Quand on lit un article et qu’on en apprend rien, c’est assez frustrant.
- En même temps, quel plaisir de se perdre dans une grande enquête de XXI, du Canard... de suivre les plaidoiries avec les journalistes / chroniqueurs d’audience… de garder une page, précieusement parce que le ton nous a touché / l’idée de sortie proposée / … nous a plu. La matière des journaux, des publications, a une poésie particulière qu’Internet ne pourra lui voler.
On pourrait dire alors qu’il y a de trop dans les journaux : l’info basique, la réaction à chaud, le scoop : maintenant c’est sur Internet. Le reportage, l’analyse, les bons mots, les grandes photos, les histoires… gardent toutes leurs places dans des journaux papiers, débarrassés des scories de la politique politicienne, des élections traitées comme des courses hippiques, de la multiplication des sondages qui ne veulent rien dire…
Après ça, du coup… toutes les questions financières : trop de journaux ? Pas assez de capitaux ? Impression trop chère ? Manque de lecteurs ?
Suivant une réflexion économique simple, peut-être qu’on a manqué d’investir dans le journalisme papier, à un moment, pour lui donner sa force : l’investigation. Cet investissement manqué coûte beaucoup aujourd’hui car même si on investit maintenant, cela ne changera pas le sens de l’histoire immédiatement. Alors, patience. Et en attendant, vive Internet.
Moi je dis ça, je sais pas ce que vous, vous en pensez, hein ?
PS : et sinon, j’aime bien beaucoup les photos si dessous. Voilà.



après la vidéo à la demande, l’info à la demande, voila ce que moi je pense de l’info et du journalisme sur internet.
On va se construire une petite liste de sites / blogs spécialisés dans un domaine précis (en pensant bien sur qu’ils traiteront leurs sujets plus en profondeur, en sachant réellement de quoi ils parlent) et les consulter quotidiennement. Au final un site de presse généraliste (les même que la presse papier, le monde and co) ne m’intéressent pas tant que ca. Pour ca j’ai ma radio branché sur france inter/ france info pour aller et revenir du boulot.
Et sinon au final untel à dit à l’autre que machin les avait vu ensemble?
Manu : l’autre a nié mais la femme d’untel a rétorqué machin était un hypocrite. Voilà.
c’est devenu un boulot pour certains d’être trés informés des tendances du web
C’est vrai que Internet permet mille façons de s’informer -et aussi de faire du journalisme. Il y a autant d’habitudes de lectures que de lecteurs.
Personnellement, je lis/vois/entends la quasi-intégralité des infos sur internet. Mais pour autant, j’ai du mal à lire les textes longs, les reportages. Internet, c’est un zapping permanent, il faut aller à l’essentiel, et faire court. Et quand on veut voir un reportage plus fouillé, plus documenté, là la version papier me semble beaucoup plus appropriée. Encore une fois, je parle pour moi, à chacun ses habitudes.
Après, pour la question financière… je veux être journaliste et je sais que le métier dépend pour une grande partie de la publicité. Je l’accepte et je l’assume, il faut faire avec. Les modèles payants sur Internet, ça marche à petite échelle (cf. Mediapart), pas si l’objectif est une audience large.
Après, il n’y a pas que la publicité comme source de revenus, on peut imaginer tout un éventail de possibilités (certains diront “de produits”) : couplage avec version papier et/ou TV et/ou radio (mais là pour le coup on reste dépendant de la pub), ouvrages/DVD retraçant tels événément ou telles années, pourquoi pas organisation d’événements, ou je ne sais quoi encore… Personne n’a encore trouvé LE remède miracle. C’est vrai que du coup ça transforme l’information en marketing, (ré)inventer des produits pour permettre au modèle de durer. Mais après tout, le journalisme est déjà un business, non ?
pareil que pour toi, à force de lire des trucs sur Internet, je zappe, très vite… du coup, quand un sujet me plaît vraiment, il me fait faire l’effort de m’arrêter, pour lire l’article en entier…
Et puisque certains sites n’ont aucun équivalent papier… comment trouver un bon temps de lecture sur Internet, c’est ça, la question.
Quand à la pub, je n’ai rien contre. C’est juste qu’on voit aujourd’hui, que dans un contexte de crise, les journaux ont du mal avec cette source de revenus. Alors comment on fait ? D’autant plus qu’il y a beaucoup, beaucoup de journalistes…
Intéressant, même si le titre est un peu trompeur, car il s’agit ici davantage du “comment” que du pourquoi
Le he said/she said, c’est un peu la critique qui fut faite à CNN il y a quelques temps*, chez qui le débat démocratique fut un temps : 50% de temps à Machin, 50% de temps à son opposant. Quitte à ce que Machin soit un criminel… Tout mettre au même plan, c’est ne donner de crédit et de valeur à rien, au final.
Sur la question du “pourquoi”, l’information a une valeur sociale. Du moins, les types d’informations constituent d’une certaine façon des monnaies sociales, qui permettent la richesse des échanges. J’ai essayé d’y réfléchir il y a un petit moment (billet en lien).
*Fox News, surnommé Faux News par ses détracteurs, a pour slogan : fair & balanced / we report, you decide. Alors que très concrètement… Si tu as l’occasion de voir Outfoxed, un documentaire vidéo sur les pratiques de Fox, c’est assez révélateur.